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Rubrique : internautes / le droit pour tous
Mots clés : nommage, charte, .us, nom de domaine
Citation : Cédric MANARA, ".US et coutumes règles", Juriscom.net, 11 avril 2002
Première publication : Juriscom.net


".US " et coutumes règles

Cédric Manara,
Professeur à l'EDHEC Business School


On a parfois comparé les premières heures de la course aux noms de domaine à l'épopée du far-west : acquisition sauvage d'espaces vierges… Ouvert début 2002, le territoire virtuel américain ne fera pas l'objet d'une telle conquête impitoyable : une charte d'attribution dresse en effet différentes barrières, et encadre strictement la première phase d'attribution, dite Sunrise period.

Si les immigrants aux Etats-Unis ont la possibilité d'obtenir une carte verte, les candidats au voyage vers le ".us" devront pour leur part montrer patte blanche, et être titulaire de papiers très officiels : un titre indiquant que la marque qu'ils souhaitent décliner sous forme de nom de domaine est enregistrée au Patent & Trademark Office américain (USPTO). Cette prime donnée aux titulaires de marque s'inscrit dans le mouvement récent de protection de ce droit de propriété industrielle au stade initial de l'ouverture d'un nouveau domaine (ce fut le cas aussi à l'occasion du lancement du " .biz "). En l'occurrence, elle discrimine peut-être les exploitants de marque dans un pays dans lequel elles reçoivent protection même si elles ne sont pas déposées : il est en effet possible d'être investi de droits sur un signe utilisé légitimement, ce que rappelle d'ailleurs - situation ironique - le site de l'USPTO !

Autre inégalité chez les aspirants au nom de domaine en ".us" : parce qu'il faut démontrer l'existence d'un rattachement au territoire américain pour prétendre obtenir l'adresse convoitée (lire sur ce point The usTLD Nexus Requirements), les entreprises, administrations et citoyens locaux sont favorisés. "America First" ! A-t-on cherché à éviter que ce nouvel espace soit " souillé " par des ressortissants étrangers ? Le fameux melting pot américain aurait alors pris un sacré coup ! Quelle que soit la justification de l'exigence d'une tenue correcte à l'entrée, il faut relever que cette préférence donnée aux personnes ayant déjà une activité dans l'espace géographique défini par les deux lettres d'un ccTLD existe dans d'autres chartes nationales : ainsi en est-il dans la charte de nommage de la zone " .fr " (article I.2.7 dans sa version du 4 février 2002), de la zone " .mc " (article 1 des règles fixées par le Nic monégasque), etc...

De telles règles sont justifiées par le souci des gestionnaires de créer des espaces de confiance et d'empêcher l'évasion des réservataires de noms. Néanmoins, on peut se demander si ces privilèges résisteront à un examen juridique. On se souvient peut-être que les règles de l'AFNIC avaient été attaquées devant le Conseil de la concurrence (Décision relative à une saisine au fond et une demande de mesures conservatoires présentées par la société Concurrence n° 00-32 du 9 juin 2000), celles du DNS.BE devant le Tribunal de commerce de Bruxelles (ordonnance de référé 8 novembre 2000). De son côté, le Partido Popular, qui s'était vu refuser l'enregistrement de son acronyme "pp.es" parce que l'article 3.2 des Normas para la asignación de nombres de dominio regulares bajo el código de país correspondiente a España de l'ES-NIC prohibait les noms de domaine de moins de trois caractères, avait menacé de saisir la justice, pour obtenir finalement une révision politique de la charte (arrêté du 12 juillet 2001 modifiant celui du 21 mars 2000 portant organisation du système d'adressage espagnol). A quand un débat sur la constitutionnalité des chartes organisant le partage de l'espace virtuel national ? L'introduction du ".us" d'un pays où tout est passé au crible de la Loi fondamentale pourrait bien devenir instructive !

 C.M.

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