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 Jurisprudence : France : résumés vie privée, protection des données personnelles

 

Affaire S. - 1997
photographies

Madeleine R. - 2000
courrier électronique

A c/ V. - 2000
courrier électronique

 

 


A. c/ V.

02/11/2000, Tribunal correctionnel de Paris, aff. A. c/ V. et autres

La dix-septième chambre du Tribunal correctionnel de Paris a déclaré, le 2 novembre 2000, que le courrier électronique entre personnes déterminées et individualisées est protégé par le secret des correspondances.

Un étudiant kowetien qui préparait sa thèse au sein d’un grand laboratoire parisien reprochait à son ancien employeur de l’avoir renvoyé après avoir consulté son courrier électronique. En effet, suite à une série d’incidents, le directeur du laboratoire, craignant des piratages informatiques, avait demandé aux administrateurs réseaux de fouiller l’ordinateur et les courriers électroniques envoyés et reçus (dont une grande majorité étaient personnels) de cet étudiant, qu’il soupçonnait très fortement.

Pour le tribunal, ce courrier bénéficie de la protection sur le secret des correspondances par voie de télécommunication. En effet, pour les juges, Internet et ses services de messageries électroniques entrent dans le champ d’application de la législation sur les télécommunications. Une correspondance est considérée comme privée et donc protégée quand « le contenu qu’elle véhicule est exclusivement destiné par une personne dénommée à une autre personne également individualisée, à la différence des messages mis à la disposition du public ». Le tribunal rappelle que l’interception des correspondances n’est permise que dans des cas très précis. En outre, ce n’est pas un souci de sécurité qui a motivé le contrôle, mais la recherche d’une certaine lettre. Enfin, en effectuant le contrôle à l’insu du salarié, l’employeur et les administrateurs ont commis le délit d’atteinte au secret des correspondances.

Alors que, outre Manche, le Regulation of Investigatory Act entré en vigueur le 24 octobre dernier autorise les employeurs à ouvrir les emails de leurs subordonnés sans même les avoir avertis, le Tribunal correctionnel de Paris a déclaré, au contraire, que l’email bénéficie du secret des correspondances. Il ne peut y être porté atteinte que dans des cas stricts et sous réserve d’avoir averti le salarié.

Texte du jugement disponible sur Juriscom.net.

Affaire résumée par Juliette Lenfant

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Madeleine R.

19/09/2000, Conseil des Prud'hommes de Montbéliard, aff. Madeleine R. c/ Société Sulzer Orthopédie Cedior

Le Conseil des Prud’hommes de Montbéliard (Doubs, France) a rejeté le 19 septembre 2000 la demande d’une salariée qui contestait sa mise à pied pour avoir entretenu une correspondance privée par emails, depuis son bureau, avec une ancienne salariée de l’entreprise, licenciée pour motif économique.

L’entreprise, dans une note interne antérieure, avait rappelé à ses salariés que la messagerie électronique était réservée à une utilisation professionnelle et que l’employeur conservait un droit de regard à tout moment. Aussi, cette comptable et déléguée syndicale avait fait l’objet d’un avertissement écrit à propos de son utilisation du téléphone.

Pour le Conseil, l’employeur n’a pas eu connaissance du contenu des messages de manière frauduleuse car l’entreprise, par la note interne, avait prévenu préalablement ses salariés de la surveillance de leur messagerie électronique. Il confirme donc la sanction. Aussi a-t-il été décidé que cette salariée, maintenant démissionnaire, a failli à son obligation de confidentialité en  fournissant des renseignements sur la restructuration en cours au sein de l’entreprise.

Par cette décision, l’existence d’une politique de surveillance connue des salariés autorise l’employeur à vérifier le contenu. Plus récemment, le Tribunal correctionnel de Paris a rappelé, dans une décision en date 2 novembre, que le principe du secret des correspondances s’applique au courrier électronique. Ainsi, en attendant l’avis de la Commission Nationale Informatique et Liberté (CNIL) qui devrait être rendu avant la fin de l’année, les entreprises devront se ménager des politiques internes. Reste à voir l’étendue que donneront les tribunaux au pouvoir de contrôle de l’employeur dans les prochaines affaires.

Rappelons que la Commission pour la protection de la vie privée, la « CNIL belge », estime « excessif » l’accès aux contenus des courriers électroniques qui peut être évité par le recours à d’autres solutions qui permettent le ciblage. Selon elle, il faudrait se fonder sur une liste de courriers plutôt que sur les contenus. Faisant écho à cet avis, le Tribunal du travail de Bruxelles avait refusé, le 2 mai dernier, de retenir le contenu des messages comme moyen de preuve et avait accepté de ne se fonder que sur les listes des messages, leur longueur et leur caractère privé reconnu pour vérifier la légalité d’un licenciement d’un employé qui avait abusé de la messagerie électronique à des fins personnelles.

Texte du jugement disponible sur Legalis.net :
<http://www.legalis.net/jnet/decisions/illicite_divers/prud_montbeliard_190900.htm>.

Affaire résumée par Juliette Lenfant

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Affaire S.

Septembre 1997, TGI Privas, aff. Ministère public et Mademoiselle S. c/ Monsieur F.

Monsieur F., étudiant en informatique, a diffusé sur l’Internet des photographies à caractère pornographique de son ex-petite amie accompagnées d’un commentaire sur les moeurs de celle-ci.

En rappelant « qu’Internet est un service de communication audiovisuelle » permettant « la consultation et l’exploitation de services à travers des configurations informatiques », les juges du TGI Privas reçoivent favorablement l’action publique fondée sur l’article 226-19 du code pénal. En effet, celui-ci vise le fait de mettre ou de conserver en mémoire informatisée des données nominatives entendues au sens de la loi dite « Informatique, fichiers et libertés » de 1978.

Rendue en septembre 1997, la décision du Tribunal de Grande Instance de Privas condamne Monsieur F. à huit mois de prison avec sursis, 5000 F d’amende et 20 000 F de dommages-intérêts pour préjudice moral à verser à la victime. La décision est frappée d’appel.

Décision et commentaire sont disponibles sur le site Legalis.net :
<http://www.legalis.net/jnet/decisions/d_nominatives/corr_tgi-privas_0997.htm>.

A consulter, l'article de Gérard Hass et Olivier de Tissot, "Photographies coquines et propos licencieux sur Internet", Les Annonces de la Seine, 25 mai 1998, n°37, p. 14, disponible sur Juriscom.net

Le jugement du TGI a été confirmé en appel. Le texte de la Cour d'appel de Nîmes est disponible sur Legalis.net :
<http://www.legalis.net/jnet/decisions/d_nominatives/arret_ca-nimes_061198.htm>.

Affaire résumée par Lionel Thoumyre

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